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Indiens shipibo.
(© InformAction Films inc.)

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Indiens shipibo.
(© InformAction Films inc.)

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Charlie au
Pérou.
(© InformAction Films inc.)

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Charlie dans
le Grand Nord canadien.
(© InformAction Films inc.)

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ésolution
Guillermo Arevalo
(Questem).
(© InformAction Films inc.)
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Comment est né le projet
du film ? Qui a eu l'idée d'amener un Inuk en Amazonie
?
J'ai rencontré Charlie il y a trois ans pour un film
pour ARTE sur la préhistoire. Nous étions allés
dans le nord du Canada, sur un site préhistorique
où l'on voyait notamment des gravures de masques chamaniques
gravées dans la roche.
Un des chauffeurs de skidoo qui nous accompagnait, c'était
Charlie, donc on a fait connaissance. J'étais frappé de
voir à quel point il était sensible à ces
histoires du passé. J'ai découvert qu'il était
travailleur social, qu'il côtoyait une jeunesse en
difficulté et qu'il était mandaté par
les anciens pour collecter les us et coutumes des anciens.
Il a d'ailleurs fait un recueil d'histoires de survie
dans la banquise, de chasse, et d'histoires plus étranges
qui sont liées
au chamanisme. Nous nous sommes quittés après
le tournage. Mais Bernard Saladin d'Anglure, l'ethnologue
avec lequel j'étais sur place, et Charlie sont restés
en contact.
Il y a deux ans, Bernard et Françoise
Morin ont fait venir un chamane shipibo à Québec
parce qu'ils étaient
en train de faire un livre avec lui sur son histoire de vie.
Il se trouve qu'à ce moment-là, Charlie appelle
Bernard, comme ça, vraiment par hasard, et Bernard
lui dit : « C'est amusant, j'ai un chamane en face
de moi, un Shipibo ».
Charlie en apprenant cela était
complètement
excité. Et il a réussi à se faire financer
son voyage, de son village jusqu'à Québec pour
rencontrer Guillermo, ce chamane shipibo. À l'issue
de la semaine Guillermo lui a dit: « Écoute,
si le chamanisme t'intéresse vraiment, si tu veux
que je t'initie, eh bien, viens chez moi ».
C'est une
histoire vraiment incroyable! Vous avez tourné pendant combien de temps ? Avez-vous
enchaîné les deux tournages coup sur coup?
Le tournage s'est déroulé sur 6 mois mais
en deux temps. La partie Grand Nord on l'a faite en avril
2001 et on est resté 2 semaines et demi. La partie
shipibo s'est déroulée en juillet et mi-août
et nous sommes restés 6 semaines sur place.
Nous n'avons pas enchaîné pour des questions
purement cinématographiques. On voulait opposer le
monde de la neige, du froid, au monde amazonien. Et si l'on
avait tourné au mois de juillet dans le Nord on n'aurait
pas eu de neige du tout.
Les scènes spécialement intéressantes
sont les séances chamaniques que vous avez filmées.
Est-ce que la présence d'une caméra n'a pas
gêné?
Non. Car l'hiver dernier avant le tournage
j'étais
allé en repérage en Amazonie pour rencontrer
Guillermo et assister à des séances pour être
bien sûr que lui aussi accepterait de se joindre à notre
projet. C'était une condition indispensable parce
que sans les séances filmées je ne voulais
pas faire le film.
Pour Guillermo qui est un des leaders shipibo,
la venue de Charlie avait une dimension quasi-politique.
Pour lui, ce
voyage s'inscrit dans un grand mouvement de rapprochement
des peuples autochtones. Donc il nous a vraiment ouvert les
portes et autorisé à filmer. Cela a dû être difficile de tourner sans lumière
pendant ces séances, pouvez-vous nous expliquer comment
vous avez relevé ce défi ?
Nous avons tourné avec une caméra
infra-rouge. Là-bas, la nuit tombe à 18h, l'équateur
n'est pas loin, les séances n'avaient lieu qu'à 22/23h.
Donc longtemps après la tombée de la nuit.
Quand
la séance commençait, il y avait juste
Guillermo, deux personnes et Charlie. Guillermo s'occupait
déjà de Charlie. C'est très long, on
ne le voit pas dans le film. Entre le moment où ils
commencent à prendre la boisson et où il commence à se
passer quelque chose il y a au moins 2 heures. Il faut que
la boisson fasse son effet, ce n'est pas brutal, c'est très
progressif.
Puis à un moment donné, on ne savait
pas trop pourquoi, d'autres Shipibos commençaient à arriver.
C'était vraiment très curieux parce que, il
y en avait 1, puis 2, puis 3, une femme avec son enfant,
et ça durait très longtemps. Les séances
durent en tout 5 à 6h. Avec de très beaux chants.
Les premiers jours il y avait très peu de Shipibos.
Je pense qu'ils étaient ennuyés ou ils n'avaient
peut-être pas envie de nous côtoyer. C'est toujours
un peu la même chose. Au fur à mesure on fait
connaissance, les gens comprennent mieux pourquoi on est
là et ce qu'on est en train de faire. Et évidemment
on est plus intégré à la population. Dans le film le chamane compare son travail à celui
des psychologues et des psychiatres dans les pays occidentaux,
il dit aussi que la plupart des maladies seraient d'origine
psychologique. Qu'en pensez-vous ?
Pour moi c'est le message que Charlie est venu chercher.
Dans le Nord il y a beaucoup de problèmes. Pour les
Inuit le changement culturel à été très
rapide. Pendant les derniers 100/150 ans, leurs existences
ont été bouleversées.
Il y aussi le chômage et l'inactivité. Il n'y
a pas beaucoup de travail, quand on est là-bas il
y a quelque chose que l'on mesure : dans les villages, les
maisons sont ultra modernes, très confortables, les
gens ont la télé par satellite, etc. Les jeunes
ont sous les yeux, par la télé et l'ordinateur,
la vision d'un certain monde occidental, les boîtes
de nuit, etc. À l'extérieur c'est l'infini
; le contraste est saisissant.
Et pas mal d'entre eux ne se
reconnaissent pas dans l'existence de leurs parents. Ce qui
fait que beaucoup ont des problèmes,
certains consomment de l'alcool, de la drogue, ils snifent
du pétrole. Vous en avez entendu parler.
Charlie analyse cela comme une perte de repères culturels,
un écartèlement qui provoque des problèmes
de comportement.
Le chamane dans le temps était à l'écoute
des problèmes du groupe. Les gens qui n'allaient pas
bien il les pointait du doigt et leur disait : « Il
faut que tu modifies ton comportement parce que cela va déséquilibrer
le groupe ». Au cours des cérémonies,
il prenait contact avec les esprits et trouvait une solution
ou soignait les gens.
Pour moi, c'est cette dimension qui est la plus intéressante,
la dimension de gardien moral, de psy du groupe. Surtout
aujourd'hui où tous ces peuples rencontrent énormément
de difficultés, si en plus ils perdent ces repères,
ce n'est pas bon.
Peu importe que l'on y croit ou pas. Finalement
la question n'est pas là puisque ça existe
et que ça
a des effets. On pourrait dire que votre film se termine
sur un ton très
positif. Charlie a été initié aux pratiques
chamaniques des Shipibos et rentre dans son pays. Le film
s'arrête là, le spectateur reste sur sa faim.
Vous n'avez pas eu envie de l'accompagner pendant plus longtemps
? Vous êtes encore en contact avec lui ?
Oui, je suis encore en contact avec lui.
Au
tout début il était prévu que j'y
retourne en septembre. Mais quand nous nous sommes téléphonés,
je me suis aperçu que pour l'instant sa vie n'était
pas vraiment modifiée. En rentrant chez lui il a beaucoup
communiqué, il a raconté, montré des
photos. Mais ça n'a pas été au-delà.
Donc pour moi ce n'était pas très satisfaisant
comme fin.
Par contre le projet que l'on nourrit c'est de suivre maintenant
ce qui va se passer dans sa vie. De voir ce qu'il va vraiment
faire de cette expérience, est-ce qu'il va vraiment
essayer de devenir un chamane... Ce qui sera peut-être
l'objet d'un autre film. Tout dépend de Charlie. Ce
qu'on mesure mal, c'est que le poids de la communauté religieuse
est très fort. D'une manière générale
le chamanisme n'est pas très bien vu. On voit cela
comme un retour en arrière. Parce que les chamanes
ont été diabolisés par l'Église.
Ils étaient des émanations du diable. Tout
ce qu'ils faisaient c'était sorcellerie, c'était
mauvais et cette image-là est restée.
Charlie,
lui, a le souci de ramener ces pratiques-là dans
leurs côtés positifs telles qu'il les a découvertes
en Amazonie tout en ne se coupant pas de sa communauté et
de la religion de sa communauté. Mais ce travail-là ne
va pas se faire en deux mois. Ça va se faire sur plusieurs
années. C'est aussi une des raisons pour lesquelles
on a fini le film comme ça, qui laisse le spectateur
sur sa faim, on en a conscience. Mais c'est un documentaire
et pas une fiction.
Pour certains c'est une fin positive,
d'autres se disent qu'il a un sacré travail devant
lui. Personnellement, je pense que ce sera très dur,
même si la redécouverte
de cet aspect de la vie des anciens Inuit aura, de toute
façon, un effet sur l'affirmation de l'identité inuit.
Propos recueillis par Sabine Lange/Arte.
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