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Quand j'étais petite, c'était déjà le théâtre de la vie quotidienne. Un théâtre dont les acteurs étaient tous québécois pure laine. Les enfants y jouaient. On s'y criait de balcon en balcon comme dans les romans de Tremblay.

Ç a sentait bon l'asphalte chaud et les rires et les pleurs s'élevaient jusqu'aux cordes à linge colorées en une joyeuse cacophonie avant que du haut d'un balcon une maman n'appelle, comme dans la chanson de Beau Dommage : « Manon viens souper, si tu viens pas, ce souper-là, tu pourras t'en passer…! »

C'était le temps de l'insouciance, dans un lieu à la fois léger et grave, un lieu intime, prolongement de la maison et de la cour, un lieu vivant et odorant qui se grave à jamais dans la mémoire.

Plus tard, c'est là que j'allais réaliser mon premier film : Comptines. D'une ruelle à l'autre, d'un jeu à l'autre, ballon, bolo, corde à danser, les enfants y chantaient des chansons qui ponctuaient leurs gestes : « Michel mon chéri, donne-moi ton cœur, tes beaux yeux bleus sont amoureux… »

Par la suite j'ai longtemps évité les rues pour n'emprunter que les ruelles. Je traversais ainsi la ville, vaquant à mes occupations, à pied, en vélo, en voiture. C'était mon pays à moi, mon refuge, ma campagne, la vraie ville à dimension humaine avec une multitude de détails qui s'offraient aux yeux et faisaient sourire.

25 ans plus tard c'est l'humanité de la ruelle qui m'a bouleversée. J'y ai vu une métaphore de la vie. La ruelle a maintenant cent visages et offre un tour du globe en concentré. La vraie vie s'y déploie dans toutes ses nuances sans masques et sans parade. C'est là que bat le cœur de la cité, libre et vulnérable. De mémoire de chats – Les ruelles, c'est un hommage aux petits moments du grand Ordinaire, un hommage aux simples vivants qui habitent ce sentier des humbles et la transforment en voie royale.

Manon Barbeau
Mars 2004

François Pilon : il est poseur de cordes à linge. Du matin au soir, il sillonne les ruelles de la ville et sème le bonheur en posant des cordes à linge.

Danny Raymond : c’est un philosophe. Il parcourt les ruelles glauques de la ville en ramassant des seringues et en discourant sur la vie et les hommes.

Étienne Lapointe : Enfant de Duplessis, il traverse les ruelles en chantant en latin comme le lui ont appris les religieuses de son enfance et en glanant des trésors dans les poubelles, vieux livres ou objets d’art, qui feront le bonheur de ceux qu’il aime.

Bruno Lajeunesse : C’est un guide qui connaît l’histoire des 467 kilomètres de ruelles de Montréal par cœur et nous les présente à vélo. C’est un passionné de la face cachée de la ville.

Nicoletta Hazewinkel : Mystérieuse, elle est un peu elle-même l’âme de ces ruelles où elle déambule en marchant sur les fils de corde à linge et en fredonnant des comptines. Existe-t-elle vraiment?

Francine, Alma, Marcel, Mario, le petit Philippe ou Jérémie :
Les personnages touchants et savoureux que croisent nos personnages principaux. Jardinier, garagiste, peintre, rêveur, lutteur ou allumeur de lampions, leur univers inusité témoigne de la vraie vie, derrière la façade.

Les chats : ils sont des milliers, les chats qui errent dans les ruelles de Montréal. Ils nous accompagnent tout au long du voyage, simples témoins ou grands acteurs d’un quotidien tendre et sauvage.

 


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Nicoletta Hazewinkel, funambule.
(photographe: Philippe Lavalette © InformAction Films inc.)

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Chat à la fenêtre.
(photographe: Philippe Lavalette © InformAction Films inc.)

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Chats dans la cour.
(photographe: Philippe Lavalette © InformAction Films inc.)

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La ruelle.
(photographe: Philippe Lavalette © InformAction Films inc.)

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La vie dans la ruelle.
(photographe: Philippe Lavalette © InformAction Films inc.)

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La vie dans la ruelle.
(photographe: Philippe Lavalette © InformAction Films inc.)

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François Pilon, poseur de cordes à linge.
(photographe: Philippe Lavalette © InformAction Films inc.)

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La ruelle.
(photographe: Philippe Lavalette © InformAction Films inc.)

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