Crédits

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  • RéalisationStéphane Bégoin
  • ScénarioMaurice Ribière, Stephane Bégoin
  • ImagesAlberto Feio, François Vincelette
  • Prise de sonMaurice Ribière
  • MontageJean de Garrigues
  • MusiqueEric Thomas
  • Conseillers scientifiques et au scénarioBernard Saladin d’Anglure (Ethnologue – Université de Laval – Québec), Françoise Morin (Ethnologue – Université de Toulouse Le Mirail)
  • ProductionNathalie Barton, Arnaud Hantute

Une coproduction de

La Compagnie des Taxi-brousse

InformAction

Produit avec la participation financière de

Centre National de la Cinématographie France

Commission Télévision de la PROCIREP et du Ministère de la Recherche France

Fonds canadien de télévision créé par le gouvernement du Canada et l'industrie canadienne de télévision par câble - FCT : programme de droits de diffusion - Téléfilm Canada - programme de participation au capital

Québec Crédit d’impôt cinéma et télévision - Gestion SODEC

Gouvernement du Canada Crédit d'impôt pour film ou vidéo canadien

et la collaboration de

ARTE France

Les productions Transethnic

Radio-Canada

RDI

APTN

Entretien

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Comment est né le projet du film ? Qui a eu l'idée d'amener un Inuk en Amazonie?

J'ai rencontré Charlie il y a trois ans pour un film pour ARTE sur la préhistoire. Nous étions allés dans le nord du Canada, sur un site préhistorique où l'on voyait notamment des gravures de masques chamaniques gravées dans la roche. Un des chauffeurs de skidoo qui nous accompagnait, c'était Charlie, donc on a fait connaissance. J'étais frappé de voir à quel point il était sensible à ces histoires du passé. J'ai découvert qu'il était travailleur social, qu'il côtoyait une jeunesse en difficulté et qu'il était mandaté par les anciens pour collecter les us et coutumes des anciens. Il a d'ailleurs fait un recueil d'histoires de survie dans la banquise, de chasse, et d'histoires plus étranges qui sont liées au chamanisme. Nous nous sommes quittés après le tournage. Mais Bernard Saladin d'Anglure, l'ethnologue avec lequel j'étais sur place, et Charlie sont restés en contact.

Il y a deux ans, Bernard et Françoise Morin ont fait venir un chamane shipibo à Québec parce qu'ils étaient en train de faire un livre avec lui sur son histoire de vie. Il se trouve qu'à ce moment-là, Charlie appelle Bernard, comme ça, vraiment par hasard, et Bernard lui dit : « C'est amusant, j'ai un chamane en face de moi, un Shipibo ».

Charlie en apprenant cela était complètement excité. Et il a réussi à se faire financer son voyage, de son village jusqu'à Québec pour rencontrer Guillermo, ce chamane shipibo. À l'issue de la semaine Guillermo lui a dit: « Écoute, si le chamanisme t'intéresse vraiment, si tu veux que je t'initie, eh bien, viens chez moi ».

C'est une histoire vraiment incroyable!

Vous avez tourné pendant combien de temps ? Avez-vous enchaîné les deux tournages coup sur coup?

Le tournage s'est déroulé sur 6 mois mais en deux temps. La partie Grand Nord on l'a faite en avril 2001 et on est resté 2 semaines et demi. La partie shipibo s'est déroulée en juillet et mi-août et nous sommes restés 6 semaines sur place. Nous n'avons pas enchaîné pour des questions purement cinématographiques. On voulait opposer le monde de la neige, du froid, au monde amazonien. Et si l'on avait tourné au mois de juillet dans le Nord on n'aurait pas eu de neige du tout.

Les scènes spécialement intéressantes sont les séances chamaniques que vous avez filmées. Est-ce que la présence d'une caméra n'a pas gêné?

Non. Car l'hiver dernier avant le tournage j'étais allé en repérage en Amazonie pour rencontrer Guillermo et assister à des séances pour être bien sûr que lui aussi accepterait de se joindre à notre projet. C'était une condition indispensable parce que sans les séances filmées je ne voulais pas faire le film.

Pour Guillermo qui est un des leaders shipibo, la venue de Charlie avait une dimension quasi-politique. Pour lui, ce voyage s'inscrit dans un grand mouvement de rapprochement des peuples autochtones. Donc il nous a vraiment ouvert les portes et autorisé à filmer.

Cela a dû être difficile de tourner sans lumière pendant ces séances, pouvez-vous nous expliquer comment vous avez relevé ce défi ?

Nous avons tourné avec une caméra infra-rouge. Là-bas, la nuit tombe à 18h, l'équateur n'est pas loin, les séances n'avaient lieu qu'à 22/23h. Donc longtemps après la tombée de la nuit.

Quand la séance commençait, il y avait juste Guillermo, deux personnes et Charlie. Guillermo s'occupait déjà de Charlie. C'est très long, on ne le voit pas dans le film. Entre le moment où ils commencent à prendre la boisson et où il commence à se passer quelque chose il y a au moins 2 heures. Il faut que la boisson fasse son effet, ce n'est pas brutal, c'est très progressif.

Puis à un moment donné, on ne savait pas trop pourquoi, d'autres Shipibos commençaient à arriver. C'était vraiment très curieux parce que, il y en avait 1, puis 2, puis 3, une femme avec son enfant, et ça durait très longtemps. Les séances durent en tout 5 à 6h. Avec de très beaux chants. Les premiers jours il y avait très peu de Shipibos. Je pense qu'ils étaient ennuyés ou ils n'avaient peut-être pas envie de nous côtoyer. C'est toujours un peu la même chose. Au fur à mesure on fait connaissance, les gens comprennent mieux pourquoi on est là et ce qu'on est en train de faire. Et évidemment on est plus intégré à la population.

Dans le film le chamane compare son travail à celui des psychologues et des psychiatres dans les pays occidentaux, il dit aussi que la plupart des maladies seraient d'origine psychologique. Qu'en pensez-vous?

Pour moi c'est le message que Charlie est venu chercher. Dans le Nord il y a beaucoup de problèmes. Pour les Inuit le changement culturel à été très rapide. Pendant les derniers 100/150 ans, leurs existences ont été bouleversées. Il y aussi le chômage et l'inactivité. Il n'y a pas beaucoup de travail, quand on est là-bas il y a quelque chose que l'on mesure : dans les villages, les maisons sont ultra modernes, très confortables, les gens ont la télé par satellite, etc. Les jeunes ont sous les yeux, par la télé et l'ordinateur, la vision d'un certain monde occidental, les boîtes de nuit, etc. À l'extérieur c'est l'infini ; le contraste est saisissant.

Et pas mal d'entre eux ne se reconnaissent pas dans l'existence de leurs parents. Ce qui fait que beaucoup ont des problèmes, certains consomment de l'alcool, de la drogue, ils snifent du pétrole. Vous en avez entendu parler. Charlie analyse cela comme une perte de repères culturels, un écartèlement qui provoque des problèmes de comportement.

Le chamane dans le temps était à l'écoute des problèmes du groupe. Les gens qui n'allaient pas bien il les pointait du doigt et leur disait : « Il faut que tu modifies ton comportement parce que cela va déséquilibrer le groupe ». Au cours des cérémonies, il prenait contact avec les esprits et trouvait une solution ou soignait les gens. Pour moi, c'est cette dimension qui est la plus intéressante, la dimension de gardien moral, de psy du groupe. Surtout aujourd'hui où tous ces peuples rencontrent énormément de difficultés, si en plus ils perdent ces repères, ce n'est pas bon.

Peu importe que l'on y croit ou pas. Finalement la question n'est pas là puisque ça existe et que ça a des effets.

On pourrait dire que votre film se termine sur un ton très positif. Charlie a été initié aux pratiques chamaniques des Shipibos et rentre dans son pays. Le film s'arrête là, le spectateur reste sur sa faim. Vous n'avez pas eu envie de l'accompagner pendant plus longtemps ? Vous êtes encore en contact avec lui?

Oui, je suis encore en contact avec lui.

Au tout début il était prévu que j'y retourne en septembre. Mais quand nous nous sommes téléphonés, je me suis aperçu que pour l'instant sa vie n'était pas vraiment modifiée. En rentrant chez lui il a beaucoup communiqué, il a raconté, montré des photos. Mais ça n'a pas été au-delà. Donc pour moi ce n'était pas très satisfaisant comme fin. Par contre le projet que l'on nourrit c'est de suivre maintenant ce qui va se passer dans sa vie. De voir ce qu'il va vraiment faire de cette expérience, est-ce qu'il va vraiment essayer de devenir un chamane... Ce qui sera peut-être l'objet d'un autre film. Tout dépend de Charlie. Ce qu'on mesure mal, c'est que le poids de la communauté religieuse est très fort. D'une manière générale le chamanisme n'est pas très bien vu. On voit cela comme un retour en arrière. Parce que les chamanes ont été diabolisés par l'Église. Ils étaient des émanations du diable. Tout ce qu'ils faisaient c'était sorcellerie, c'était mauvais et cette image-là est restée.

Charlie, lui, a le souci de ramener ces pratiques-là dans leurs côtés positifs telles qu'il les a découvertes en Amazonie tout en ne se coupant pas de sa communauté et de la religion de sa communauté. Mais ce travail-là ne va pas se faire en deux mois. Ça va se faire sur plusieurs années. C'est aussi une des raisons pour lesquelles on a fini le film comme ça, qui laisse le spectateur sur sa faim, on en a conscience. Mais c'est un documentaire et pas une fiction.

Pour certains c'est une fin positive, d'autres se disent qu'il a un sacré travail devant lui. Personnellement, je pense que ce sera très dur, même si la redécouverte de cet aspect de la vie des anciens Inuit aura, de toute façon, un effet sur l'affirmation de l'identité inuit.

Propos recueillis par Sabine Lange/Arte.


Festivals

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Festival Terres en vue – Présence autochtone 2002 (Montréal)

Festival du film Global Visions 2002 (Edmonton)

Note d'intention

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Résumé court

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Le dernier chamane connu de l’arctique nord-américain vient de mourir à Repulse Bay, emportant avec lui un savoir ancestral. Charlie Nowkawalk, travailleur social à Inukjuak, est pourtant persuadé que le chamanisme peut aider son peuple à retrouver ses valeurs sociales et spirituelles, et faire face à ses problèmes. Mais comment en retrouver les traces perdues?

Charlie décide alors de partir en Amazonie, chez les indiens shipibo du Pérou, où le chamanisme est encore bien vivant. Il entreprend un voyage de la banquise à la forêt tropicale afin d’être initié par Guillermo Arevalo, l’un des plus importants chamanes de la région. L’indien d’Amérique du Sud au secours de l’indien du Grand Nord de l’Amérique…

Au Pérou, Charlie va découvrir les pratiques ancestrales et les mythes fondateurs du chamanisme amazonien. Mais il va également rencontrer un chamanisme plus social et plus politique qu’il ne l’imaginait. Un chamanisme ancré dans la tradition mais qui ne fait pas fi de la modernité et qui est peut-être la voie à suivre pour son peuple.

Avec la participation de Charlie Nowkawalk et Guillermo Arevalo.