Hommes à louer

Une plongée dans l'univers de la prostitution masculine à Montréal. Le portrait de onze jeunes travailleurs du sexe à l'humanité bouleversante, que la caméra a suivi pendant un an.

Canada, 2008 | Couleur, Dolby stéréo 5.1
Français : 140 / 75 / 52 min.
Anglais : 140 / 75 / 52 min.
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Crédits

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  • Recherche, scénario et réalisationRodrigue Jean
  • ImagesMathieu Laverdière
  • Images supplémentairesDominic Dorval, Rodrigue Jean
  • Prise de sonLynne Trépanier
  • Prise de son supplémentairePierre Bertrand, Jean-Denis Daoust, Christine Lebel, Martyne Morin
  • MontageMathieu Bouchard-Malo
  • Montage sonoreDenis Pilon
  • Mix sonoreSerge Boivin
  • MusiqueTim Hecker
  • Directeur de production et de post-productionIan Quenneville
  • Productrice déléguéeMurielle Rioux-Poirier
  • ProductionNathalie Barton, Jacques Turgeon

Une coproduction de

InformAction

Office national du film du Canada (ONF)

Produit avec la participation financière de

Fonds canadien de télévision créé par le gouvernement du Canada et l'industrie canadienne de télévision par câble

Gouvernement du Québec (Crédit d'impôt cinéma et télévision - Gestion SODEC)

Gouvernement du Canada (Crédit d'impôt pour film ou vidéo canadien)

et la collaboration de

Radio-Canada

RDI

À propos du film

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Pendant toute une année, des jeunes de Montréal qui s’adonnent à la prostitution masculine ont accepté de se confier à la caméra de Rodrigue Jean pour dire leurs difficultés et leur mal-être au sein d’une société où ils sont marginalisés. Hommes à louer est un de ces rares films qui travaillent sur la durée pour rendre compte avec justice de la complexité d’une réalité sociale dérangeante. À l’arrivée, ce documentaire interpelle nos consciences et rappelle que le cinéma peut être un remarquable outil d’intervention quand il plonge dans le réel.
 
Grâce à l’organisme communautaire montréalais Action Séro Zéro, qui offre gratuitement des services de santé et de prévention contre le sida, le réalisateur a pu rencontrer ces jeunes travailleurs du sexe et recueillir leurs paroles « hors la loi ». Au fil des témoignages, Hommes à louer dessine le portrait troublant d’une jeunesse sacrifiée qui cherche à survivre au mieux dans une jungle urbaine aussi chaotique qu’impitoyable. Issus de milieux dysfonctionnels, victimes d’abus de toutes sortes, harcelés et stigmatisés par une société qui fait commerce de leurs corps sans aucun état d’âme, ces jeunes de la rue vivent une violence au quotidien qui les pousse, entre autres, à la toxicomanie. Pris dans la spirale de l’argent facile, ils s’enfoncent dans la drogue pour geler leur souffrance et faire face à la noirceur de leur vie. Certains s’efforcent de prendre leur revanche sur une enfance qu’ils n’ont jamais eue, en tissant avec d’autres des liens de survie, mais leur passé lourdement hypothéqué les rattrape plus souvent qu’autrement et vient miner leur quête d’amour et d’amitié. Dans ce cercle vicieux dont plusieurs n’arrivent pas à se sortir, tous se débattent au jour le jour, animés d’une incroyable pulsion vitale, mais aussi très conscients des limites de leur avenir.
 
Filmés devant une baie vitrée qui donne sur la ville, là où se joue leur enfer quotidien, ces jeunes travailleurs du sexe  s’adressent à la caméra à visage découvert. Un seul refuse le dispositif sans être avare de mots pour autant. Un autre, qui a déjà été une star du porno à l’étranger, nous ouvre les portes de son modeste appartement, là où il reçoit ses clients. Mais pour la plupart, les rencontres se succèdent à intervalles réguliers dans un lieu ouvert qui n’a d’autre raison d’être que d’accueillir la parole de ces jeunes et de les accompagner là où ils veulent bien aller dans leurs confidences. Ce cadre favorise l’échange et met en place un rapport aussi égalitaire que possible. Pour avoir animé des ateliers de vidéo avec des jeunes prostitués à Londres dans les années 1990, Rodrigue Jean sait la fragilité du lien et la hauteur du défi. Attentif, jamais dans le jugement, il écoute et relance à l’occasion la conversation quand le besoin s’en fait sentir. Face à la caméra, les jeunes parlent au spectateur en le regardant droit dans les yeux. Porteur d’un vrai point de vue, Hommes à louer se soucie d’éthique et cherche constamment la distance juste face à son sujet. Sans être complaisant, il trouve cet équilibre délicat en se tenant éloigné de tout voyeurisme déplacé et de toute fausse compassion.
 
En arrière-plan, Hommes à louer fait le procès d’une société indifférente qui dévore ses enfants en les sacrifiant sur l’autel de la marchandisation des corps. Ce nouveau sous-prolétariat se retrouve instrumentalisé par un capitalisme prédateur qui se nourrit de la misère physique et morale d’une jeunesse laissée à l’abandon. En comparant les feux d’artifice sur la ville aux déflagrations d’une troisième guerre mondiale, un jeune comprend intuitivement la brutalité des rapports de force qui se jouent autour de lui. Face à cette brutalité, Hommes à louer fait entendre une voix dissidente.
 
À cette situation, Hommes à louer oppose un contre-discours subversif et un pacte de confiance. En suivant ces jeunes travailleurs du sexe pendant un an avec une équipe réduite, Rodrigue Jean prend le temps de les écouter et de les regarder. Ce faisant, il redonne à chacun l’existence que la société leur nie. Ce lieu de rencontre qu’offre le cinéma devient progressivement un lieu-refuge, où circule une parole libre de plus en plus dense. La réalité de ces jeunes à la beauté troublante nous apparaît peu à peu dans toutes ses contradictions et ces visages qui nous fixent à travers la caméra se chargent alors d’une humanité bouleversante.
 
Avec Hommes à louer, Rodrigue Jean signe un contrat tacite avec le spectateur : le cinéma est un art en prise sur le monde. Il est là pour apprendre de l'Autre et redonner ce qu'il reçoit. C'est à cette unique condition qu'il peut, à sa modeste mesure, réagir face aux injustices de notre époque.


Presse

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L’extrême finesse du film tient dans le rapport qu’établit Rodrigue Jean avec ces hommes de la rue. Parce qu’il ne prend que ce qu’ils lui donnent, parce qu’il se met aussi dans une position plus proche du sociologue que du journaliste en quête de sensations fortes, Rodrigue Jean les laisse se dévoiler et venir à lui. Un documentaire d’une grande force, et d’une grande sobriété. Anabelle Nicoud – La Presse

starstarstarhalf_star Bien que les intervenants dévoilent certains détails de leur métier, jamais Rodrigue Jean ne mise sur le sordide ou le scabreux. Ici, pas de place pour le voyeurisme ni l'étalage d'éléments racoleurs. Rarement un documentariste aura-t-il fait preuve d'autant d'écoute, de respect et d'empathie envers ses interlocuteurs. Si, au bout du compte, un sentiment d'impuissance nous étreint, Hommes à louer se révèle malgré tout une expérience essentielle. Manon Dumais – VOIR

Festivals

Festival du nouveau cinéma Montréal 2008

Festival d’Avignon 2009

Festival international du cinéma francophone en Acadie 2009, Moncton

Atlantic Film Festival 2009, Halifax

Note d'intention

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Résumé court

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Des jeunes travailleurs du sexe de Montréal se sont confiés pendant un an à Rodrigue Jean pour dire leurs difficultés et leur mal-être. Au fil des témoignages, le documentaire Hommes à louer dessine le portrait dérangeant d’une jeunesse sacrifiée qui cherche à survivre dans la jungle urbaine. Issus de milieux difficiles, victimes d’abus de toutes sortes, stigmatisés par une société qui, sans état d’âme, fait commerce de leurs corps, ces jeunes vivent une violence au quotidien qui les enferme, entre autres, dans la toxicomanie. Tous se débattent au jour le jour dans ce cercle vicieux, très conscients des limites de leur avenir. Loin de tout voyeurisme et de toute fausse compassion, le film accueille cette parole «hors-la-loi» et redonne une existence sociale à ces laissés-pour-compte à l’humanité bouleversante.

Résumé long

Durant un an, des jeunes prostitués de Montréal se sont confiés à Rodrigue Jean pour dire leurs difficultés et leur mal-être. Au fil des témoignages, le documentaire Hommes à louer dessine le portrait dérangeant d’une jeunesse sacrifiée qui cherche à survivre dans la jungle urbaine. Issus de milieux difficiles, victimes d’abus de toutes sortes, stigmatisés par une société qui, sans état d’âme, fait commerce de leurs corps, ces jeunes travailleurs du sexe vivent une violence au quotidien qui les enferme souvent dans la toxicomanie. Tous se débattent au jour le jour dans ce cercle vicieux, très conscients des limites de leur avenir.
 
Filmé à visage découvert, Hommes à louer accueille la parole « hors-la-loi » de ces jeunes et les accompagne là où ils veulent bien aller dans leurs confidences. Peu à peu, ce lieu de rencontre devient un lieu-refuge, où une intimité partagée se construit dans le respect. Soucieux de trouver la distance juste, le film prend soin de se tenir loin de tout voyeurisme déplacé et de toute fausse compassion.
 
Face à la caméra, les jeunes nous parlent droit dans les yeux et interpellent notre conscience. À sa façon, Hommes à louer  fait le procès d’un capitalisme prédateur qui se nourrit aujourd’hui de la misère physique et morale des plus démunis. À l’indifférence de notre société, le film oppose un pacte de confiance et redonne à ces laissés-pour-compte une existence sociale qu’on leur nie. En suivant ces jeunes sur une longue période avec une équipe légère, le réalisateur prend le temps de les regarder et de les écouter. À l’arrivée, leur réalité nous apparaît dans toute sa complexité et ces visages qui nous fixent se chargent d’une humanité bouleversante.
 
Pour Rodrigue Jean, le cinéma est un art en phase avec le monde. Il est là pour apprendre de l’Autre et redonner ce qu’il reçoit. C’est à cette unique condition qu’il peut, à sa modeste mesure, peser de tout son poids face aux injustices de notre époque.