Voici l’histoire d’Hassan, un Noir américain, qui a assassiné, sur la foi d’une fatwa prétendument signée par l’Imam Khomeiny, en 1980, à Washington, le représentant du Shah aux USA, Ali Akbar Tabatabaï. Depuis, il est recherché par le FBI et vit en exil en Iran.

L’histoire d’Hassan est une histoire de vie à un moment où un individu doit faire un choix crucial : croupir « libre » en Iran ou affronter la justice et la prison aux États-Unis en tentant de dévoiler « sa » vérité qui provoque plus de questions que de réponses. Sa présence dans le film Kandahar de Mohsen Makhmalbaf a créé une onde de choc aux États-Unis, au lendemain des événements du 11 septembre. Aujourd’hui, le face à face entre le pouvoir conservateur iranien et les États-Unis fait d’Hassan un personnage dérangeant pour tout le monde.

L’accès à la vérité d’un personnage s’établit petit à petit, tout comme l’accès d’un personnage à la vérité d’un film et à l’exigence du regard de l’autre, car la confiance se gagne d’un côté comme de l’autre. Avant de tourner, j’ai rencontré plusieurs fois Hassan en Iran au cours des six dernières années. Nos rapports ont d’emblée été francs et directs.

L’histoire d’Hassan m’a interpellé justement parce que c’est un homme qui ne cherche pas à contourner son passé, ni à échapper à ses responsabilités. Au contraire, il assume pleinement ses actes et ses choix, il en accepte les conséquences et accepte aussi d’en porter l’odieux à la face du monde, sinon dans sa peau. Il a toujours dit qu’il était prêt à affronter la justice de son pays.

Le récit d’Hassan est confronté à notre enquête aux États-Unis. Les révélations de Jo Trento sur le rôle des services secrets et les hypothèses de Gary Sick sur le dénouement de la crise des otages de l’ambassade américaine à Téhéran en 1980 viennent ajouter quelques ombres au tableau. Soudain, l’assassinat de Tabatabaï apparaît sous un jour plus trouble, plus flou. Qui a agi et pour le compte de qui? Qui savait quoi sur qui? L’histoire d’Hassan nous fait entrer de plain pied dans les dessous de l’Histoire. Au-delà du drame qui s’est joué entre l’assassin et de la victime, se dessine un portrait qui révèle un aspect troublant des relations entre l’Iran et les États-Unis au cours des 25 dernières années.

Pourquoi ce film ? Parce que le cinéma me permet de m’approcher des êtres, de leur intimité, ce qui ne serait peut-être pas possible, si je n’avais pas un film à faire. Ce qui me passionne et me fait continuer à réaliser des films, c'est justement de faire un cinéma à hauteur d'homme. Je poursuis la poursuite des hommes, et non pas l'objet de leur poursuite. Pour cela, il faut une fréquentation patiente, il faut approcher l'autre, sans devenir l'autre, pour mieux mesurer sa place, son rôle, respecter ses secrets aussi. Je fais mienne la formule de Spinoza : « Ni rire, ni pleurer, il faut comprendre ».

Le cinéma est mon bâton de philosophe. Il me permet de marcher à tâtons dans l’imprévisible du voyage et surtout de partager un bout de chemin, un moment du poème, un point de vue, un récit, une pensée, une indignation, un tourment, un instant de grâce avec le public.

Rompre le silence. Puis à nouveau se taire et reprendre le chemin. Tel m’apparaît l’utopie documentaire, une quête insatiable de vérité, le seul combat en somme qui vaille la peine.

Jean-Daniel Lafond




75 / 52 min. 2006. Documentaire de Jean-Daniel Lafond
De Washington en 1980 à Téhéran aujourd’hui, l’histoire d’un assassin qui s’assume et nous interpelle. Le Fugitif explore les dessous d’un crime politique et les effets de la violence d’État.
Diffusion : Télé-Québec et Radio-Canada

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Affiche

 

 


Communiqué Hot Docs 2006

 

 

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Hassan Abdulrahman.
(photo: Nezam Kiaie © InformAction Films inc.)


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Hassan Abdulrahman.
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Jean-Daniel Lafond.
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