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Statement of intent

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Après des années d’errance dans les couloirs des facultés françaises à ne pas trop savoir quoi faire de ma vie, j’ai décidé de finir ma maîtrise de sociologie à l’Université de Montréal afin de changer d’air, mais aussi pour plonger dans l’inconnu.
 
Le montage et la réalisation ont toujours été les seules choses qui m’attiraient dans la vie : un manque de courage et l’opposition catégorique de mon père ont cependant eu raison de mes ambitions. Complètement obnubilé par l’échec, ce dernier voulait surtout que je ne fasse pas trop de vagues et que je trouve un travail stable – facteur m’avait-il une fois suggéré. À 25 ans, avec un futur professionnel confus, dans un pays où se réinventer semblait impossible, une sensation de néant m’a soudainement envahi et la fuite pour tout recommencer m’est apparue comme la seule solution.
 
Arrivé à Montréal en janvier 2004, j’étais à la recherche d’une colocation : je suis tombé sur une annonce qui proposait une chambre à 150 dollars par mois. Quand j’ai visité l’appartement, je me suis immédiatement senti chez moi. Décoré de nombreux objets qui venaient d’un peu partout et qui n’allaient pas forcément ensemble, je sentais une histoire unique, une trace qui m’attirait. C’est dans ce contexte que je me suis retrouvé à vivre avec trois autres personnes chez Martin Stone. Dès le début, j’ai été intrigué par ce personnage et cet endroit. Comment se faisait-il qu’un homme de 60 ans vive en collocation avec des étudiants ou des personnes bien plus jeunes que lui? Était-il seul? Quelle histoire y avait-il derrière Martin Stone, l’homme? Qu’est-ce qui pouvait bien différencier son parcours de celui de quelqu’un comme mon père par exemple, qui à l’époque avait le même âge que lui et un regard bien différent sur le monde ?
 
Petit à petit, j’ai appris à le connaître et je l’ai écouté me raconter son histoire. Son choix de quitter sa carrière d’infographiste dans une agence de publicité à New York pour vivre avec la Hog Farm, plus grande communauté hippie d’Amérique du Nord; Woodstock; Hendrix; les routes des États-Unis pendant six ans, ses deux filles avec lui; sa réintégration dans la société à Montréal, son style de vie inchangé et aujourd’hui son travail d’agent de sécurité dans un condominium de luxe. Une histoire fascinante et singulière qui, à cette époque, semblait faire un peu écho à celle que j’étais en train de vivre. Moi aussi, j’essayais de me trouver une place autre de celle que l’on voulait m’attribuer.
 
Cependant, était-il vraiment heureux ? Que pensaient ses filles de cette vie dans laquelle elles ont été entraînées? Qui peut vraiment savoir la trace qu'on laisse dans la vie des autres? Y avait-il un prix à payer lorsqu’on sacrifiait sa vie à des idéaux? Et cela en valait-il vraiment le coup?
 
Cette idée en tête, je suis parti à Philadelphie en juillet 2012 à la rencontre de ses filles, Debbie et Jacquie, pour leur parler du documentaire que je voulais réaliser. Elles ont été réceptives à l’idée du projet. J’ai tout de suite senti que j’avais touché un sujet sensible : de telles décisions ont donc bel et bien des répercussions. J’y ai découvert une facette plus complexe de Martin et de ces années à vivre dans les bus psychédéliques : le regard d’enfants vivant dans un monde d’adultes où tout était permis. Beaucoup d’amour et de joie mais aussi beaucoup de peine, d’absence, de manque de soins. Une enfance qui laisse des traces.
 
En tant que réalisateur, j’ai toujours été intéressé par les parcours, les choix de vie et la quête de liberté. C’était d’ailleurs un des thèmes de mon dernier documentaire, Gospel According To Vivienne. Qu’est-ce qui nous amène à prendre des décisions qui vont changer nos vies et jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour nous y tenir? Ne rien lâcher, est-ce une forme de naïveté, voire de stupidité, ou bien une force de caractère rare et courageuse? Sommes-nous libres si nous faisons ce que nous voulons ou cela n’est-il qu’une autre forme d’aliénation?
 
Pour essayer de répondre à cette réflexion, c’est toujours à travers des personnages du quotidien que j’aime travailler. En effet, je pense profondément que nous vivons dans un monde qui met en avant des personnalités souvent dénuées de talent prônant des valeurs artificielles alors que les véritables héros de notre société moderne nord-américaine sont les gens du quotidien.
 
Essayer de vivre dans ce monde est le plus grand défi de notre époque. Faire des choix qui vont nous permettre d’être heureux sans nous compromettre me paraît d’une très grande difficulté. Nous sommes dans une époque qui ultra-valorise l’individualité et l’indépendance mais qui a mis en place un système de mondialisation où l’uniformisation prévaut. L’individu est de plus en plus asservi à des réalités économiques, sociales mais aussi familiales qui lui donnent une marge de manœuvre de moins en moins évidente. Choisir d’être contre est difficile. Continuer dans cette voie relève souvent de l’impossible.
 
Mais quel est le sens de nos vies si nous ne prenons pas le temps de réfléchir à ces questions ? Comment accéder au bonheur et comment se sentir libre quand nous sommes obligés de plier sous les concessions pour garder la tête hors de l’eau ? Comment concilier rêve et réalité pour être heureux et y a-t-il une autre manière de vivre?
 
C’est de tout ça que parle HISTOIRE HIPPIE.
 
 
Jean-André Fourestié

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Short summary

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In 1966 Martin Stone joined the Hog Farm hippie community and took his two daughters on the road for 6 years. Today, true to his ideal, he lives in a Montreal commune, while his daughters live more mainstream lives in the US. All three cast an honest look on their life choices, hopes and disillusions.

Long summary

Martin Stone chose freedom: in 1966, he took his young daughters, Deborah & Jacqueline and hit the road on a six-year adventure with America’s wildest hippy community, the Hog Farm. Five decades later, Martin and his girls live very separate lives. Martin remains true to his counterculture beliefs, living with young roommates who dig his alternative vibe in a run-down Mile-End apartment in Montreal that acts as a commune of sorts. For Martin, being a hippy wasn’t a phase; it’s a way of life. His daughters, both now living in Philadelphia, settled on less eccentric existences. Martin and they give honest accounts of their lives together and why their paths and dreams ran so far apart. STONE STORY is a film about choices and how they impact those we love.